Festival international de l’humour

L’art c’est un voyage dans l’imaginaire

vendredi 22 janvier 2016, par Sonya Mermoud/ L’Evénement Syndical UNIA

L’art c’est un voyage dans l’imaginaire

Commissaire d’exposition la Parisienne Julia Hountou partage ses coups de coeur avec le public valaisan

De la Ville Lumière à Monthey, en passant par un séjour d’un an à Rome, le changement aura été de taille. Un déménagement dicté en 2010 par la nomination de son mari à la tête du Théâtre du Crochetan. Mais la Parisienne Julia Hountou possède une grande capacité d’adaptation. Et son amour de l’art s’exprime aussi bien à Paris qu’en terre valaisanne, où elle travaille comme commissaire d’exposition. Une activité qui amène la jeune quadragénaire bardée de diplômes et mère d’une petite fille à organiser des expositions sur mandat ou selon ses coups de cœur.

- Des œuvres en mots

« Mes choix n’échappent pas à une dimension subjective. Je me laisse séduire par des travaux qui ouvrent de nouveaux univers, questionnent, font voyager, sont empreints d’une poésie, d’une magie particulière... », indique Julia Hountou, qui se charge alors de toute la démarche, du choix de l’artiste à la recherche du budget, jusqu’à l’accrochage des œuvres. Sans oublier la rédaction de textes. Une facette de son travail qu’elle adore comme la rencontre avec les artistes. « J’aime faire la connaissance de créateurs, entrer dans leur monde et valoriser leur démarche », relève l’historienne de l’art consacrant une partie de son temps à visiter des ateliers et à sélectionner des œuvres. Une tâche qui peut se révéler délicate. « Il m’arrive de marcher un peu sur des œufs, il faut être diplomate, ne pas blesser en retenant une création plutôt qu’une autre », relève Julia Hountou, confrontée parfois à des ego surdimensionnés...

- Apprivoiser le public

L’exposition prête, la curatrice doit aussi conquérir son public, susciter sa curiosité. Pas toujours évident, surtout si les noms à l’affiche sont inconnus. « Les Valaisans sont parfois davantage "rassurés" par des artistes du cru, par des repères qui cautionnent ce qu’ils aiment déjà », sourit Julia Hountou tout en appréciant aussi, dans son nouveau contexte de travail, l’absence de ce snobisme qui colle parfois à l’art contemporain, snobisme ayant davantage cours à Paris, remarque-t-elle. « Ici, le milieu est plutôt sain. » Reste que les défis - et pour décrocher des mandats et pour attirer du monde dans les galeries - demeurent importants. « Je pensais que ce serait plus facile de se faire connaître, de rencontrer des gens. Mais cette situation n’est pas propre au lieu. Il faut du temps pour mettre un réseau en place... A moins qu’il ne faille être Valaisanne », badine-t-elle, avec un rien de malice. La curatrice compte néanmoins déjà à son actif valaisan nombre de collaborations avec des médias locaux et d’expositions, dont la valorisation de plusieurs photographes, d’ici et d’ailleurs. « Je ne me limite pas à ce mode d’expression mais c’est vrai que j’y suis particulièrement sensible. J’ai aussi enseigné dans des écoles et universités françaises, en plus de l’histoire de l’art, celle de la photo », précise Julia Hountou au bénéfice d’un riche parcours professionnel. Un chemin et un regard où la dimension esthétique a repris du galon, la Française ayant commencé par faire ses armes puis orienter ses recherches sur la performance dans les arts plastiques. Un courant qui, sans les exclure, n’accorde pas une prépondérance aux critères de beauté.

- Critère d’excellence

Consacrant son doctorat à Gina Pane (1939-1993), une des représentantes majeures de l’art corporel, Julia Hountou a notamment poursuivi ses investigations sur la thématique de la performance à la villa Médicis, à Rome. Un palais accueillant pour un an des artistes et chercheurs sélectionnés selon un critère d’excellence. La Française y a séjourné de 2009 à 2010, approfondissant ses recherches avec les exemples italiens. « La raison de mon intérêt pour ce courant ? Il s’agit d’une pratique singulière développée dans les années 70 questionnant notre société, les rapports au corps, à ses représentations, à la sexualité, aux comportements... » explique la docteure en histoire de l’art qui s’est volontiers laissée « déstabiliser » par cette approche brisant les codes esthétiques, les conventions et schémas... « Un champ d’exploration intéressant. » Propre à trouver une résonnance avec la nature curieuse et réaliste de la Française sans qu’elle se réclame pour autant la porte-parole de ce mouvement, elle qui écrit sur diverses pratiques et époques.

Heureuse...

Volubile - mais davantage pour parler des artistes qu’elle a exposés que d’elle-même - appréciant aussi bien travailler en solitaire qu’au côté d’autres curateurs, Julia Hountou est aussi à l’aise dans sa bulle d’indépendante que dans les contacts. Et même si elle doit parfois ramer pour gagner sa vie, elle apprécie la liberté et la souplesse de ce statut, notamment dans l’aménagement de ses horaires. Une flexibilité lui permettant de consacrer du temps à son enfant, qui la ressource. Son bien-être passe également par l’élément eau, elle qui aime se baigner ou qui s’émeut facilement devant un paysage maritime. Quant au bonheur, elle l’associe à la plénitude et répond spontanément oui à la question de savoir si elle est heureuse. Un état auquel contribue son travail et sa relation privilégiée à l’art, défini comme un « voyage dans l’imaginaire », la culture, « une bouffée d’oxygène ». De quoi colorer le quotidien de l’enthousiaste et communicative commissaire d’exposition et de combler ses manques sporadiques de Paris, sans avoir à boucler trop souvent ses valises...

Sonya Mermoud

Blog de Julia Hountou : http://juliahountou.blogspot.ch

Source : http://www.evenement.ch/

L’Evénement Syndical Edition n° 3 du 20 janvier 2016

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