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SUISSE « Le théâtre san s questions est un théâtre mort »

dimanche 28 juillet 2013, par Par Marie-Pierre Genecand / LE TEMPS.CH

« Le théâtre san s questions est un théâtre mort »

BILAN Samedi 27 juillet 2013

Par Marie-Pierre Genecand

Illustration LE TEMPS.CH Vincent Baudriller. Du Festival d’Avignon au Théâtre Vidy-Lausanne, la même force tranquille. (Christian Brun/Keystone)

Vincent Baudriller, futur directeur de Vidy-Lausanne, évoque ses dix ans à la tête du Festival d’Avignon, dont la 67e édition s’est terminée hier

Adieu Avignon, bonjour Vidy ! Ces jours, Vincent Baudriller, 45 ans, vit des heures cruciales. Le directeur boucle son dixième et dernier ­Festival d’Avignon, mandat qu’il a assumé avec Hortense Archambault, et, sans perdre une minute, organise son déménagement pour Lausanne, où ses trois enfants vont commencer l’école (publique) à la fin du mois d’août. La cause de cette arrivée en terres romandes est évidemment connue : Vincent Baudriller est nommé pour cinq ans à la tête de Vidy-Lausanne et amènera au bord de l’eau la philosophie qu’il a promue à Avignon : questionnement incessant des formes théâtrales et ouverture sur le monde.

« Je suis très excité à l’idée de passer du temps court d’un festival au temps long d’un théâtre. Et je suis très heureux de m’installer en Suisse et de vivre dans un autre contexte culturel », confie l’intéressé. Excité, heureux : pour le ­moment, c’est le Festival d’Avignon qui a donné à Vincent Baudriller ces belles émotions. Car, au-delà de la querelle de 2005 où les tenants du texte se sont insurgés contre le théâtre sensoriel de Jan Fabre, les deux directeurs n’ont cessé de défendre avec force et fougue la radicalité de leurs choix. Et le public a apprécié : depuis huit ans, le taux de fréquentation de ce rendez-vous budgété à 12 millions dépasse chaque année les 90%, preuve que l’audience a su évoluer. Avant le Léman, Vincent Baudriller revient sur ces dix ans entre Rhône et scène.

Samedi Culturel : La 67e édition du Festival d’Avignon s’est terminée vendredi. Une édition placée sous le signe de l’Afrique avec Dieudonné Niangouna, et du verbe tout puissant avec Stanislas Nordey. Vos impressions ?

Vincent Baudriller : Je suis bien sûr ému et réjoui que, cette année encore, le public nous ait suivis avec une telle ferveur ; 128 000 spectateurs, avec une fréquentation record de 95%, ont vu la quarantaine de spectacles programmés, auxquels il faut ajouter les 13 000 spectateurs des propositions gratuites, principalement le spectacle Ouvert ! du Groupe F ainsi que les 13 000 entrées aux rencontres, débats et lectures. Mais surtout, cette année est l’aboutissement de la FabricA, cette salle de représentation et de répétition aux dimensions de la scène de la Cour d’honneur, associée à un lieu de résidence d’artistes qui permettra la création théâtrale dans de bonnes conditions (LT du 09.07.2013). Ce projet de construction dans un quartier sensible d’Avignon correspond complètement à l’ambition qui fonde le festival, relier la création à la démocratisation culturelle.

 Lorsque vous êtes arrivés en 2003, vous avez bouleversé par deux fois les habitudes. D’une part, vous avez proposé un duo
de directeurs et, d’autre part,
vous avez innové avec l’idée de l’artiste associé. Quel bilan, dix ans après ?

– Le duo de directeurs nous a permis d’être plus présents auprès des créateurs et des visiteurs. Il faut savoir que, cette année, sept ministres français sont venus au festival, ainsi qu’une dizaine de ministres étrangers, que la manifestation attire 500 journalistes qui demandent des interviews et que nous assistons aussi à des rendez-vous professionnels avec les syndicats pour améliorer les conditions de travail de la profession.

Concernant les artistes associés, qui, je le précise encore, n’étaient pas des coprogrammateurs mais nourrissaient nos choix de leur univers et bénéficiaient d’une place prioritaire dans la programmation, l’apport de cette initiative nous a beaucoup enrichis et déplacés. Par exemple, grâce à Frédéric Fisbach, je suis allé prospecter en Afrique en 2006, où j’ai rencontré Dieudonné Niangouna, qui est devenu associé six ans plus tard. Lorsque Thomas Ostermeier était artiste associé, nous avons présenté quatre de ses pièces, dans une idée de répertoire inédit en France. Idem pour Jan Fabre. Lors de « son » édition, nous avons pu montrer son univers plastique en parallèle à son univers théâtral. Que dire encore de Josef Nadj, qui a simplement voulu « entrer dans un tableau de Barcelo », souhait que nous avons évidemment réalisé ! L’artiste associé, ce fut un coup de fouet donné au festival. Mais je ne vais pas importer ce principe à Vidy, où je fonctionnerai plutôt avec des fidélités et des découvertes. Par contre, je continuerai de défendre une ligne esthétique contemporaine, ouverte et pas forcément consensuelle, avec des artistes suisses et internationaux.

– Souvent, des détenteurs de la tradition vilarienne vous ont justement reproché votre goût pour les formes nouvelles. Votre réponse ?

– Déjà, nous n’étions pas des ennemis du texte. Les présences de Frédéric Fisbach et Stanislas Nordey l’ont prouvé. Et, comme Vilar, nous avons défendu la création contemporaine ; comme il l’a fait quand il invite en 1967 Béjart et Godard. Mais surtout, je dirais que le théâtre qui ne se questionne pas est un théâtre mort. En plus, grâce à ces querelles, le Festival d’Avignon est redevenu l’objet de toutes les attentions en Europe.

– Vous étiez déjà assistant
de production, puis coprogrammateur au Festival d’Avignon depuis 1992, vous connaissiez donc bien son organisation. Qu’est-ce qui vous a néanmoins surpris durant ces dix ans de direction ?

– L’immense portée symbolique du festival qui fait que chaque acte, chaque propos est analysé. On ne soupçonne pas la caisse de résonance d’une telle manifestation. Cela dit, cet impact signifie aussi une place privilégiée dans les médias. Durant le festival, le théâtre et la danse occupent tous les jours une page au moins dans les grands quotidiens nationaux. Il n’y a guère que le Tour de France qui fasse mieux !

– Quels ont été les grands moments, de joie et de tristesse, de vos dix ans ?

– C’est à un Romand, Massimo Furlan, que je dois mon plus
grand fou rire. Quand il a réussi, dans un de ses travaux sur le faux-vrai, à faire venir sur scène Hervé Vilard, le chanteur populaire, disant qu’il était peut-être le fils
de Jean Vilar, le fondateur du théâtre populaire et du festival.
Et qu’il est parvenu à lui faire chanter un de ses tubes avec le philosophe Bernard Stiegler. Drôle et émouvant à la fois ! Sinon, j’ai été triste, très triste, chaque fois que l’on a dû annuler une représentation pour cause de pluie. Voir 2000 spectateurs quitter la Cour parce que la pluie s’acharne, c’est un calvaire.

– Lorsque vous étiez étudiant
en économie à Rouen, vous
avez organisé un festival de
théâtre universitaire. Avez-vous, vous-même, joué ou monté des pièces ?

– Oui, je me souviens notamment d’une mise en scène de La Pyramide, de Copi. Mais, très vite, j’ai compris que j’avais plus de talent dans l’accompagnement des artistes que dans la réalisation ! Rien ne me réjouit plus que de contribuer à la naissance d’un spectacle et à sa rencontre avec les spectateurs.

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