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GENÈVE/ Portrait - Vania Aillon, grand angle de l’Amérique latine, directrice du FESTIVAL FILMAR

lundi 19 novembre 2018, par Nadia Barth /Migros Magazine

24 Migros Magazine 47, 19.11.2018 | SOCIÉTÉ

Portrait

Vania Aillon, grand angle de l’Amérique latine

La directrice du festival Filmar célèbre jusqu’au 2 décembre les vingt ans de l’événement consacré au cinéma latinoaméricain. Son but ? Sortir le continent des clichés et offrir un autre regard sur cette région remplie de contrastes.

Texte : Nadia Barth /Photos : Nicolas Righetti

Son père redoublait de ruse. Il s’agissait de la faire entrer au cinéma quand elle n’avait pas encore l’âge légal. Lui ne vit que dans les livres et les films et Vania Aillon, elle, suit cet aficionado de projection en projection au point que certaines images, vues parfois trop jeune, la hanteront longtemps. Son rapport avec le cinéma aurait pu se limiter à cela. Celle qui, après sa maturité, commence des études de sociologie aurait pu se contenter de ses anecdotes cocasses pour raconter son lien précoce avec le cinéma. Mais l’histoire en a voulu autrement quand, à 20 ans, elle tombe par hasard sur une caméra super 8 au marché aux puces. Une trouvaille qui la décide à emprunter la voie du cinéma pour devenir réalisatrice et l’emmène jusqu’à prendre la tête, il y a deux ans, du festival Filmar qui fête cette année ses vingt ans. Sa mission ? Faire connaître la riche production latino-américaine dans ce qu’elle fait de mieux, du cinéma d’auteur au cinéma populaire.

- Une personnalité radieuse

C’est donc à l’occasion de cet anniversaire que nous rencontrons Vania Aillon. Quand elle débarque au lieu de notre rendez-vous, un café du quartier de Cornavin, ce sont ses rires aux éclats qui la précèdent. À peine entrée, la Genevoise au tempérament solaire fait la bise au serveur, salue de loin une connaissance et s’installe à la table, les mains remplies de flyers aux couleurs de l’Amérique latine, le continent de ses racines. « Je suis d’origine chilienne. Mes parents ont fui la dictature de Pinochet pour s’installer en Suisse avec le statut de réfugiés politiques. Je suis donc née au Tessin et je suis arrivée peu après à Genève. » Celle qui a aujourd’hui 44 ans se souvient de l’accueil réservé alors à sa famille : « À cette époque, on recevait volontiers les réfugiés et même l’Église était très investie. Je me rappelle même que des gens écrivaient des lettres pour accueillir des Chiliens chez eux. Aujourd’hui, tout cela a bien changé… » Elle, par contre, est restée fidèle aux valeurs que ses parents lui ont transmises : « Défendre qui l’on est, c’est ce qu’ils m’ont appris. Mon père m’a élevée comme un garçon avec l’idée que je pouvais faire la même chose qu’un homme dans la vie. »

-  De l’ambition à revendre

Vania Aillon se définit comme une lutteuse, un trait important quand on porte un projet de festival aussi ambitieux que celui dont elle a hérité. « Je fais Filmar avec mon équipe par passion ; autrement, ce serait trop de travail, trop usant. Ce festival, c’est un peu mon troisième enfant. » L’un des défis de sa mission est de sortir l’Amérique latine des clichés (drogue, corruption…) trop souvent véhiculés par certaines réalisations à l’attention des Occidentaux. « Les thèmes abordés par les 78 films présentés cette année vont de l’immigration à l’identité en passant par la protection des indigènes et l’environnement. En plus de la rétrospective des vingt ans, nous aurons des œuvres extraordinaires comme le dernier film du magicien Carlos Reygadas, Nuestro tiempo, ou des films qui ne seront pas distribués en Suisse et visibles nulle part ailleurs. » Vania Aillon a le souci de toucher le public le plus large possible : « On a des personnes qui nous suivent depuis vingt ans, la communauté d’Amérique latine bien sûr, mais aussi des jeunes, des cinéphiles, des étudiants, des voyageurs. » Une mixité indissociable du cadre multiculturel genevois.

- Une recherche de soi révélatrice

« C’est une fierté de faire partie de cette ville dès le moment qu’on défend d’être un tout, aussi multiple que la population des trains et bus genevois. » Une fierté qui ne lui a pas épargné néanmoins une longue quête identitaire l’ayant menée, durant sa jeunesse, à multiplier les voyages en Amérique latine. « Je suis Suisse avec une tête d’indienne, j’ai mis du temps à le comprendre. » Son court métrage La terre tremble, tourné au Venezuela, a participé à cette recherche d’ellemême. « J’ai fait ce film avec l’idée de l’utopie, en me demandant : quel est le monde que l’on a envie de construire et avec qui ? Peut-on changer le système, si ce n’est pas capitaliste, au moins les valeurs du système de marché ? » Pour Vania Aillon, ces questions trouveront leurs réponses sous la forme d’un deuil : « À la fin du film, j’ai compris que si changer le système était peut-être trop compliqué, lutter dans sa propre sphère, par contre, ce n’est jamais vain. » L’idéaliste a mis un peu d’eau dans son vin. Une maturité gagnée au fil des ans qui lui permet aujourd’hui de poser un regard tendre sur les premiers films des cinéastes présentés. « Mes coups de cœur du festival, ce sont les premières œuvres. Il y en a huit. Elles sont les premières urgences, elles ont quelque chose de pur, d’innocent, de touchant. Le cinéma est un milieu difficile. Les gens qui font des films sont des guerriers. » MM

La table ronde « Cinéastes et producteurs d’ici et d’ailleurs : les défis de filmer en Amérique latine » aura lieu le ve. 23 nov. à 12 h à Fonction : Cinéma (Maison des arts du Grütli, Genève). Le Pour-cent culturel Migros soutient les réalisatrices et réalisateurs de la relève dans le cadre de cette rencontre. Entrée libre.

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