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« Relax » au théâtre malgré leur handicap

mardi 22 janvier 2019, par Lucie Fehlbaum/ 20minutes.ch

« Relax » au théâtre malgré leur handicap

Par Lucie Fehlbaum - Des théâtres proposent des représentations pour les personnes en situation de handicap. Reportage jeudi au Grütli.

https://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Handicape-mais--Relax--au-the-tre-22903553

La Compagnie des Ombres a joué pour les personnes handicapées la pièce "Si les pauvres n’existaient pas, faudrait les inventer", de Jérôme Richer. (Photo : Dorothée Thébert Filliger)

Genève, 20 janvier 2019

Jeudi soir, au début du spectacle, la lumière a diminué, mais contrairement aux autres soirs, elles ne s’est jamais éteinte. Au Théâtre du Grütli, la Compagnie des Ombres jouait « Si les pauvres n’existaient pas, faudrait les inventer » pour une représentation labellisée Relax, c’est-à-dire dans une ambiance adaptée à un public en situation de handicap. Dans la salle : des poly¬handicapés et des handicapés mentaux.

Initiative britannique

L’idée des représentations Relax vient d’une performeuse britannique atteinte du syndrome de la Tourette. En Suisse romande, quatre théâtres vaudois l’ont adoptée. Onze représentations y sont prévues cette saison. A Genève, le Grütli est pionnier, à l’initiative de ses deux directrices. Une première représentation a eu lieu en septembre, suivie par celle de jeudi. En mai, ce sera au tour de La Comédie de proposer plusieurs événements de ce type.Moins pire que les téléphones

Les comédiens ont reçu de plein fouet ces réactions différentes. « On pensait que ça serait "relax" pour nous aussi, mais pas du tout. J’ai mis du temps à me concentrer, j’hésitais à regarder ceux qui faisaient du bruit de peur de décrocher, confie Aude. Puis tout à coup, ça a roulé, j’ai pu jouer pour le public. Ça vivait, respirait. J’ai finalement plus de mal avec les gens qui surfent sur leurs portables. » Son collègue Cédric note qu’il fallait « passer vocalement par-dessus les bruits. Mais c’est agréable parce que ça fait partie de la vie. Au bout d’un moment, ça se fait oublier. Ce public m’a invité à être plus tonique, plus tranché dans mes intentions de jeu. Mais c’est notre job de captiver les gens. Si quelqu’un attire l’attention dans le public c’est qu’il est plus fort que moi. »

De menus détails excluent ces spectateurs des représentations traditionnelles. Les soirées Relax les gomment.« La lumière reste allumée, la musique est moins forte, la porte de la salle est ouverte, détaille Marialucia Cali, chargée des relations presse du Grütli. Le simple fait de savoir qu’ils peuvent sortir boire un verre d’eau ou faire pipi rassure beaucoup certains spectateurs. »

Préparer, rassurer

Jeudi, trente minutes avant le lever de rideau, le metteur en scène s’est adressé au public : « Vous verrez, certains mots sont un peu crus, prévient Jérôme Richer. Les comédiens vont poser des questions à la salle et vous aurez le droit de répondre, ça fait partie de la pièce. Le théâtre est un art vivant. » Les considérations sont aussi pratiques : durée du spectacle, volume des musiques, les spectateurs « ont besoin d’être rassurés », confie Marialucia Cali. « Est-ce qu’il va y avoir une lumière forte ? », lui demande une jeune femme. « Oui, au début la lumière brille mais tu peux te mettre la main devant les yeux. Et ça n’est pas un stroboscope, ne t’en fais pas ».

« Il a adoré ! »

« Quand il y a des règles, il faut les respecter ? » lance une comédienne, mi-spectacle. « Non ! » s’exclame le public. La pièce parle de Genève, de ses institutions, de destins pas toujours roses. Tout le monde, à sa manière, commente l’action. La pièce fait l’unanimité. « C’était trop bien ! » applaudit un groupe de spectatrices. « Il a trouvé super ! » s’enthousiasme l’accompagnatrice de Tristan, un jeune amateur de théâtre présent pour la deuxième fois au Grütli. Quant à Marialucia Cali, elle se réjouit d’accueillir des « réactions différentes ».

Les représentations Relax, encore peu nombreuses cette saison, devraient se multiplier dans plusieurs théâtres genevois l’an prochain.

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