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VIDY(Vaud) Scène Guerre et paix, moteurs du théâtre colombien(18-21 octobre), par Cécile Dalla Torre

vendredi 13 octobre 2017, par Cécile Dalla Torre/ lecourrier.ch

Scène

Guerre et paix, moteurs du théâtre colombien(18-21 octobre)

LE COURRIER.CH /Vendredi 13 octobre 2017

Cécile Dalla Torre

A Lausanne, deux spectacles scrutent les fantômes de la guérilla colombienne. A voir à Vidy et au Théâtre Kléber-Méleau dirigé par le Colombien Omar Porras, avant le Festival Sens Interdits à Lyon.

« Je n’ai pas été pris à l’école de théâtre publique de Bogotá. Ce qui a créé en moi une grande frustration. Car j’étais convaincu que la voie de l’art et de la scène donnait la possibilité d’exprimer l’inexprimable. Le pays était déjà en guerre. Le théâtre était un moyen de revendication. » Pendant que sa version de Roméo et Juliette avec des comédiens japonais se joue dans la grande salle archi-pleine du Théâtre Kléber-Méleau (TKM), qu’il dirige à Lausanne, Omar Porras nous reçoit dans une petite salle de travail récemment créée à l’étage. On évoque « ¿Que tal Bogotá ? Comment ça va Bogota ? », focus sur la Colombie qui démarre ce vendredi1 par une expo, « La Vuelta », avant deux spectacles à découvrir du 18 au 21 octobre, qui seront aussi à l’affiche du Festival Sens Interdits, à Lyon (lire ci-dessous).

Dans son poncho de laine venu tout droit de la Colombie, qu’il quittait il y a plus de trente ans pour Paris, avant la Suisse, il revient volontiers sur l’actualité de son pays, où il a entrepris plusieurs voyages aux côtés d’artistes d’ici, feu René Gonzalez hier, Fabrice Melquiot aujourd’hui.

Arrivé à la tête du théâtre lausannois en 2015, qu’il rebaptise TKM, il propose alors un projet de théâtre latino-américain commun au directeur de Vidy, Vincent Baudriller, pour renouer le dialogue autour de la création avec la grosse institution théâtrale voisine. La Colombie sera naturellement à l’honneur pour ce premier coup d’envoi, d’autant que le pays est célébré tout spécialement en France au long de l’année France-Colombie 2017, et pas uniquement sur le plan artistique.

La Despedida du Mapa Teatro

A 20 ans, le jeune Omar Porras fréquentait peu les salles de spectacle en Colombie. « A l’époque, il était inimaginable de se rendre au théâtre pour un fils de paysans – victimes de la guerre. » Une guerre démarrée il y a plus de cinquante ans, qui semble se résorber aujourd’hui avec les accords de paix, dont il « reste curieux du développement, la guérilla ayant déjà rendu les armes à trois reprises. La paix ne peut être effective tant que nos dirigeants ne lâcheront pas aussi les armes. » Aussi le comédien et metteur en scène compte-t-il sur les doigts de la main les représentations auxquelles il a assisté dans sa jeunesse.

« Il y avait le théâtre qu’on nommait révolutionnaire et communiste. Les grands maîtres avaient fait leur études à l’Est, à Prague ou ailleurs. Santiago García, directeur de La Candelaria, symbole du théâtre latino-américain social, était impliqué dans les luttes d’alors. Enrique Buenaventura incarnait le théâtre expérimental avec le TEC, Teatro experimental de Cali. Il y avait aussi un théâtre plus proche du théâtre commercial, où l’on jouait par exemple du Arthur Miller », raconte Porras, qui cite encore le Teatro libre, né en Argentine, inspiré du Théâtre libre européen, à tendance maoïste.

« Je rentrais de Bogotá et j’avais vu un montage du triptyque du Mapa Teatro, dont La Despedida (L’adieu) est le dernier tableau. » Dans la mégalopole colombienne, qui compte plus de 10 millions d’habitants, les théâtres sont légion. Deux compagnies, le Mapa Teatro et le Teatro Petra, sont les élues du focus colombien, qui inclut aussi débats, fêtes, etc. Le Mapa Teatro et le Teatro Petra sont « deux compagnies impliquées dans un discours social, qui possèdent une maturité, et sont les représentants d’un vrai travail de recherche, estime Omar Porras. Le Teatro Petra a créé tout un phénomène à Bogotá avec l’une de ses précédentes pièces. C’était la première fois qu’un spectacle jouait aussi longtemps au Teatro Colón, l’opéra de la ville. »

Labio de Liebre et le Teatro Petra

Lorsqu’Omar Porras voit Labio de Liebre (« Bec de lièvre ») de Fabio Rubiano (Teatro Petra), à Lima, pendant l’été 2016, la pièce suscite son intérêt. « Le public péruvien réagissait de manière étonnante face à la cruauté de la guerre et la poésie sarcastique qui se dégage de la pièce. Je me suis décidé à la programmer au TKM. » Fabio Rubiano y évoque le phénomène du paramilitarisme, parvenant à « mettre l’accent sur la dérision nécessaire. L’histoire, il ne faut pas la reproduire sur le plateau, il faut lui ajouter de l’humour », dit-il.

La pièce évoque le sort d’un criminel accusé de 300 meurtres, alors qu’il n’en a commis que 200... Il purge sa peine dans un pays où il neige – pas en Colombie, sourit Omar Porras. Les fantômes viennent lui demander des comptes, la réflexion restant ouverte sur le pardon et la vengeance. « Les mouvements de droite se refusent à pardonner. C’est en gros ce que raconte la pièce », conclut Omar Porras.
Les Colombo-Suisses Heidi et Rolf Abderhalden, qui ont créé le Mapa Teatro avec leur sœur Elizabeth, Omar Porras les connaissait également, les ayant croisés à Paris, à son arrivée sur le Vieux continent, à l’école Jacques Lecoq. « Par rapport au théâtre colombien, ils amènent un point de vue singulier, inspiré de l’Europe. Rolf a travaillé dans les arts plastiques. Il a monté notamment des textes de Beckett, Shakespeare, une adaptation de Julio Cortázar. C’est un théâtre qui résonne en Colombie. »

Omar Porras a aussi convié William Ospina, écrivain, poète, essayiste engagé, avec qui il avait monté Bolívar (débat sur l’art et la paix le 21, 15h30). Son roman Ursúa (2005), best-seller en Amérique Latine, avait été salué par son compatriote et ami Gabriel García Márquez.

• 1.« ¿Que tal Bogotá ? », du 13 au 21 octobre, TKM et Vidy, Lausanne, www.tkm.ch et www.vidy.ch

https://www.lecourrier.ch/153460/guerre_et_paix_moteurs_du_theatre_colombien

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